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Strictly trip hop

Strictly trip hop

L'Âge d'or du trip hop 94/99


UNKLE - Psyence Fiction (1998)

Publié par Strictly-trip-hop sur 17 Juillet 2011, 23:16pm

Catégories : #Mo' Wax

psyence

 

Tracklist

 1. Guns blazing (Drums of death Part1)

 2. Unkle (Main title theme)

 3. Bloodstain

 4. Unreal

 5. Lonely soul

 6. Getting ahead in the lucrative field of artist

 7. Nursery rhyme

 8. Celestial annihilation

 9. The knock (Drums of death Part 2)

 10. Chaos

 11. Rabbit in the headlights

 12. Outro

 

Psyence Fiction (paru le 29 septembre 1998 chez Mo'Wax) est le 1er album du collectif d'abstract hip-hop britannique UNKLE. Ce collectif, créé en 1994 et imaginé par le patron du label Mo'Wax, James Lavelle, était composé à l'origine de lui-même et d'un de ses amis de toujours, Tim Goldworthy. Après quelques désaccords sur la ligne à prendre pour le futur album du groupe, Tim quitte le groupe fin 1996-début 1997. James décide de s'associer alors à DJ Shadow. Ensemble, ils vont concevoir un album conceptuel reflétant la richesse sonore de son époque par sa musicalité et son éclectisme. En effet, dans cet album se côtoie Radiohead, The Verve, Kool G Rap, Badly Drawn Boy, Beastie Boys, Metallica, Latyrx et Talk Talk. Si presque toutes les musiques sont signés par DJ Shadow, tous les textes sont signés par chacun des invités que James Lavelle, producteur et découvreur de talents, a réussi à convaincre de participer à son projet pharaonique. DJ Shadow a réussi à mêler sa sonorité trip-hop aux influences rock et space opera de James Lavelle, et chaque invité a réussi à se fondre dans ce projet sans le parasiter.

 

Lien pour l'album : http://www.mediafire.com/?4w3d2nlg4sd

 

unkle

       

Chronique

 

Voilà un groupe intéressant. Mais on serait presque tenté de parler d'un personnage plus que d'un groupe, puisque le seul dénominateur commun des albums studios enregistrés par le collectif, d'abord baptisé U.N.K.L.E. puis UNKLE, est James Lavelle. Musicien et DJ, celui-ci est connu pour avoir lancé le label Mo'Wax, considéré comme le vecteur originel du trip-hop - contraction d'abstract hip-hop -, au début des années 1990. Il est en outre le fondateur historique d'UNKLE et, comme sus-dit, le seul encore aux rênes de la bête multiforme, qui est passée, toujours avec perfection, de électro sirupeuse à un rock acerbe après avoir initialement exploré les méandres du trip-hop.

Psyence Fiction, premier effort d'UNKLE, sort en 1998 au sein d'un paysage déjà fortement "trip-hopisé" : Massive Attack avait lancé son fondateur "Blue Lines" en 1991, Portishead son non moins célèbre "Dummy" en 1994 et Archive son excellent "Londinium" deux ans plus tard, en 1996. Mais Psyence Fiction marque immédiatement le genre de sa patte : une place de choix est réservée aux percussions, notamment au travers d'une batterie omniprésente et incisive, et une richesse musicale débordante. Cette dernière est accentuée par les innombrables samples (échantillons) de musiques, films, etc... ré-exploités, qui parcourent la totalité de l'œuvre, allant d'une citation du répliquant Rutger Hauer tirée de l'immense Blade Runner au "You are alone" d'un Boba Fett, en passant par une ligne de batterie du groupe Joy Unlimited. L'utilisation de cet outil n'est pas étonnant lorsqu'on connaît les deux protagonistes de l'album, James Lavelle et... DJ Shadow, autre précurseur du trip-hop et premier musicien à avoir réalisé un album entièrement composé de samples. Psyence Fiction est donc riche, très riche, et peut-être même trop : si je n'ai pas mis la note maximale, c'est justement parce que son écoute développe un sentiment d'hétérogénéité légèrement dommageable pour une œuvre au demeurant extraordinaire de complexité. L'ambiance stellaire qui s'en dégage fourmille d'inventivité et chacun des morceaux est, en soi, une performance souvent juste et réussie. Mais indéniablement, certaines plages sont meilleures que d'autres et l'ensemble ne brille pas toujours par la cohérence de ses transitions. 
Il n'empêche, ces maigres défauts ne sauraient enrayer la réalité : Psyence Fiction est une œuvre inoubliable si l'on sait apprécier les expériences originales et hétéroclites. L'album débute sur une introduction d'une minute complètement irréelle, sample tiré du documentaire "NASA, The 25th Year" sorti en 1983 : on y entend ce qui pourrait se rapprocher d'un bourdonnement de vaisseau spatial, type Nostromo dans "Alien, le huitième passager", et où les bip-bip d'ordinateurs rappèleraient la console qui s'allume afin d'extirper Ripley et Cie de leur cryogénisation. La suite du morceau s'avère malheureusement rédhibitoire, du fait de paroles rappées vite exaspérantes et malgré le travail très futuriste du fond sonore. Arrivé à ce stade, que les premiers auditeurs ne partent pas en courant ! Il faut signaler à ceux qui, comme moi, seraient agacés par ce rap U.S. bien lourd que c'est la seule faute de goût de Psyence Fiction. Passée cette pièce initiale, l'album dévoile d'ailleurs quatre chefs-d'œuvre électro/trip-hop en constante expérimentation : "Unkle - main title theme" tout d'abord, qui consacre derechef l'exubérance et la virtuosité des deux musiciens. Le style du morceau, mélange d'électro, de rock et de mixage, semble indéfinissable. Parcourue d'une lourde batterie - la fameuse ligne samplée de Joy Unlimited -, d'un air de guitare savoureux et de nombreux samples, la pièce fourmille aussi de scratchs lunaires et d'instantanés de musique classique à travers la présence, succincte mais pertinente, de violons. Les trois œuvres suivantes sont autant d'étoiles éclaboussées de lumière : des airs dépressifs de guitare y construisent des atmosphères d'une beauté surnaturelle (le voluptueux et tourmenté "Bloodstain", l'instrumental ténébreux "Unreal"), rehaussées par l'omniprésence de samples et la collaboration de talentueux chanteurs dénichés par James Lavelle (Alice Temple et sa voix androgyne sur "Bloodstain", l'excellent Richard Ashcroft, leader de The Verve, sur "Lonely Soul"). Attardons-nous d'ailleurs sur le miracle "Lonely Soul", merveille de près de neuf minutes qui emprunte autant à la musique classique qu'au trip hop le plus astral et torturé : basse gutturale, batterie nébuleuse, notes de synthétiseur scintillantes, tout suinte la poésie, la peur et le désespoir. Et soudain, au bout de cinq minutes, l'expectative glacée de l'auditeur se transforme en douleur orgasmique : le chant fragile et rongé de Richard Ashcroft s'éteint dans un dernier cri déchirant, tandis que d'improbables feux d'artifices de samples lacèrent l'espace musical réduit à la basse, toujours plus obscure. Puis le Graal, soleil venu du ciel à travers un crescendo de musique symphonique épique et angoissant. Quelques sanglots d'extase se déversent sur un visage transi d'émotion, alors que la rythmique de la batterie renaît aux côtés du chant plaintif de Richard Ashcroft. Un dernier hurlement vocal et une ultime montée symphonique de violons synthétisés achèvent l'esprit, autant épuisé que ragaillardi par ce long brasier musical.
La pièce suivante relève du gag : "Getting Ahead in the Lucrative Field of Artist Management", interlude d'une minute au milieu de l'album, est un sample extrait d'une publicité surannée pour un jeu de 1976, appelé "Ballbusters". Le reste de l'album va toujours plus loin en terme de diversité : on y retrouve une plage de pur abstract hip-hop, très intéressante tout en résistant mal à la réécoute ("The Knock (Drums Of Death Part 2"), mais aussi et surtout un bel hymne rock ("Nursery Rhyme/Breather"), une bouleversante instrumentale électro basée sur le sample du "Concerto For Strings And Beats" de Wil Malone ("Celestial Annihilation") et un final éblouissant : une ballade au piano et à la guitare, hantée par le chant de son interprète (la française Atlantique Khanh sur "Chaos"), suivie du dernier chef-d'œuvre de la galette ("Rabbit in your Headlights", transcendé par Dieu en personne : Thom Yorke) et d'une conclusion aussi bruitiste que spatiale ("Outro (Mandatory)").
Dans "Always" de Steven Spielberg (bah quoi, c'est un bon film, non ?), John Goodman parlait en ces mots : "il y a le feu de paille, tout feu tout flamme qui se consume à peine allumé, et il y a le long brasier, le feu naturel ; quand il s'éteint, le sol et les braises sont encore chaudes." Bien qu'elle concernait l'amour, la citation peut tout aussi bien s'appliquer à la musique. Et Psyence Fiction fait indéniablement partie de ces longs brasiers qui, une fois écoutés, nous poursuivent jusque tard dans la nuit pour nous bercer, encore et encore, de leur brûlante atmosphère. Voilà la grande réussite de cet album, s'il ne fallait en retenir qu'une : capter l'essentiel afin de construire une musique envoûtante, baignée d'intensité et d'une impressionnante richesse. Une richesse qui semble faire progresser à chaque écoute les douze morceaux pourtant figés de l'album, tous portés par un flux de vie proprement torrentiel. Chaque variation de rythme, chaque choix de sample, chaque vibration vocale ou instrumentale semble en effet constituer une nouvelle respiration. L'inspiration, elle, vient de DJ Shadow et de James Lavelle, celui même qui n'en manquera jamais sur les opus suivants d'UNKLE.
DARK PANDA
UNKLE1
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