Roudoudou a été rendu célèbre grace au tube "Peace and
tranquility to earth" (qui accompagne le reportage culte de Canal+ sur la coupe du monde de 1998 "Les yeux dans les bleus"). Ce premier album qui mixe jazz, easy listening, hip hop, reggae et
house a permis au groupe de faire une entrée remarquée et méritée sur la place francaise.
A ceux qui s'interrogent sur le devenir de l'acid jazz en 97,
le cinquième album de Fila Brazillia apporte quelques éléments de réponse. Non pas que le duo formé par Cobby et McSherry nage dans les mêmes eaux que Brand New Heavies, voire Galliano, mais
Cobby avait fait partie de cette mouvance au tout début des années 90, en particulier au sein d'Ashley & Jackson ou avec Mark Brydon, aujourd'hui Moloko. Fila Brazillia a préféré le jazz,
dans ce qu'il a de plus moderne (Apehorn Concerto, Van Allens Belt), contre l'acide, dans ce qu'il a de plus rétrograde, qu'il s'agisse d'acid rock ou d'acid-house. Luck Be A Weirdo Tonight n'est
pas un disque à danser, ou bien alors dans son salon, et encore... assis. De Prince, ils ont retenu la bonne habitude de sortir un album tous les six mois, au pire résolument intéressant, au
mieux franchement enthousiasmant et celui-ci fait résolument partie de la seconde catégorie. Tel le molosse d'origine brésilienne dont ils tirent leur nom, les Fila Brazillia s'accrochent à vous
pour ne plus lâcher prise.
Comme l'indique son titre, Instrumentalyst n'est qu'une version
instrumentale du génial album de Dr Octagon, Ecologyst. Si celui-ci met un peu plus en valeur le superbe travail de production de Automator, il ne parvient pas à nous faire oublier le phrasé et
les paroles de super Kool Keith. C'est très bien, mais en même temps moins bien. Ces nouvelles versions sont donc à réserver aux férus de hip hop instrumental, les autres, courez acheter l'album
original. Ceux qui l'ont déjà peuvent dores et déjà se précipiter sur Sex Style, projet solo de Kool Keith qui aurait initialement dû sortir sous le nom de Eroticman. On savait le bonhomme
quelque peu obsédé par le sujet, mais cette fois ci, il ne se borne plus seulement à un aspect scientifique de la chose... Des chansons comme Regular Girl, The Mack Is Back ou Lick My Ass
feraient rougir de honte Doc Gynéco. Musicalement, si Sex Style est plus conventionnel que Ecologyst, il n'en est pas moins un excellent album de hip hop délirant. De plus, l'achat peut se
justifier (ndlr : ?) par les photos de pochette... Parodie de porno amateur ou collection personnelle ? Peu importe, Kool Keith est le meilleur parolier hip hop avec un humour et une précision
étonnants. Tous ensemble : "SEX STYLE!"
Lorsque le combo britannique de la ville éponyme offre ses
inédits et ses remixes, ça donne Glory Times. Ce double maxi regroupe des versions alternatives de deux morceaux de Dummy: "Glory Box" et "Sour Times".
En tout, ça fait donc 10 morceaux, de quoi se faire un album.
La setlist la plus alléchante se veut être celle de Sour Disc 1, avec le remix complètement barré "Lot More", ainsi que "Airbus Reconstruction" transformant le morceau initial en un délire rock
au son dégueulasse... Captivant. La plupart des autres remixes était déjà présents sur Sour Times EP, notamment le morceau clé de ce premier volume: "Theme From To Kill A Dead Man", cet
instrumental hypnotique, aux envolées de guitare propres à vous imaginer dans un Tarantino !
Beaucoup de morceaux de cette compile sont teintés d'un trip
hop plus pointu et parfois moins accessible que les albums Dummy et Portishead, mais cela montre bien à quel point ce groupe fut l'un des fondateurs et fer de lance du trip-hop, avec Morcheeba
mais surtout Massive Attack.
Le deuxième volet remixe donc la bien connue "Glory Box".
Celui-ci s'essouffle peut-être un peu plus, avec la version "Edit" qui n'est autre que celle qui passait à la radio (3 minutes au lieu de 5, youpi...). Le "Mudflap Remix" n'apporte pas grand
chose. En contrepartie, de grands moments avec "Scorn" et "Toy Box", qui font presque croire à deux autres morceaux distincts tant ils divergent de l'initial.
Portishead signe ici une belle compilation d'inédits, un peu
inégal dans l'ensemble, mais qui prouve encore une fois leur talent d'écriture et leur verve trip-hop jusqu'ici inégalée.
USSR Repertoire est le premier album de DJ Vadim sortie en 1998 sur le label Ninja Tune
Chronique
Il nous faut désormais parler du vilain petit canard de Ninja
Tune: Dj Vadim. Pas vilain parce que pas beau, mais vilain parce que pas bien. En effet, le trip hop ultra mou de Dj Vadim rend, cet album qui pourrait ne pas être si mal, soporifique. Dommage!
Sûrement l'exception qui confirme la règle: personne n'est parfait, en tout cas, pas Ninja Tune sur ce coup. Toutefois, un album qui peut plaire à d'autres malgré tout: pour les fans de Dj
Cam.
Quel label n'a pas succomber à la tentation de sortir une
compilation pour célébrer leur centième production ? F.Comm (le label de Laurent Garnier) avait offert à ses fidèles un double album (Live & Rare) regorgeant de titres rares, d'inédits et de
remixs dévastateurs par la crème de la scène électronique française. Dans un autre registre, plus proche des mélodies bizarres, le label Warp fit de même avec leur Warp 100. Ainsi le classieux
label londonien Mo'Wax ne déroge pas à la règle en produisant Time Machine.
Toujours à contre-courant de la musique contemporaine,
l'événement de la centième sortie se devait d'être différent (et plus novateur) que ne le sont les numéros 100 des autres labels. Alors, James Lavelle confia aux Psychonauts le soin de produire
un mix album faisant état des premières signatures de Mo'Wax. Derrière cette magnifique pochette (signée Rockin' Jelly Brown) et avec pas loin de 50 titres mixés sur une durée de 45 minutes, Time
Machine, est une excellente rétrospective des six premières années d'activité du label.
Tout au long de ces 22 titre on croisera - souvent - DJ Shadow,
DJ Krush, Dr Octagon, mais aussi Attica Blues, Sam Sever, Palmskin Productions etc. On regrettera cependant l'absence d'Urban Tribe qui s'inscrit, pourtant, dans la droite lignée artistique de
Mo'Wax.
Mo'Wax, more wax (plus de vinyls), démontre qu'avec deux
platines, une table de mixage et une cinquantaine de disque on peut produire un mix incroyable de créativité, d'atmosphères planante et rythmée. Cette machine à remonter le temps ravira les fans
et offrira aux autres l'opportunité de découvrir la musique de demain.
Si loin. 1996. Un drôle de clavier, clavecin bazardé, jouait
une ritournelle angoissante, avant qu'une voix de Carmilla surélevée par des cordes froides comme le marbre, nous demande gracilement de 'lire avec nos yeux' (ce qui est un excellent conseil,
remarquez).
Une érotique glacée et une chanson inoubliable : "The Book
Lovers". Manifeste d'un style qui cotonne sévère. Ici faut savoir lâcher du nerf, se laisser porter sinon ça marche pas. Broadcast et ses premiers singles, étonnamment aboutis, réunis par Warp
sur Work And Non Work. Entre sortie dans l'espace ("We've Got Time") et valses gothiques ("Message From Home"), Suspiria et 2001, des chansons pénétrées d'un charme sibyllin proprement
indomptable.
Écho, grésillements, craquements, sifflements... Atmosphère!,
atmosphère!, l'electro-pop de Broadcast, so sixties dans l'esprit, déclinait du sublime envoûtant dès ses premières dents et savait même se montrer capable de choses plus légères, comme ce
"Phantom" qui fait 'plop-plop', ballade sous-marine surréaliste, drôle de périple.
Berry Meditation est produit, sous la houlette du trio Lavelle/Goldsworthy/Kudo, avec Money Mark
en renfort. Ce maxi de trois titres est plus sombre et plus difficile que le précédent E.P. d'U.N.K.L.E. Seul le remix d'Attica Blues (The Darker The berry The sweeter The Luke mix) paraît
accessible, alors que la version originale et son remix (Last ever mix) ressemblent à des productions torturées par un groupe tourmenté. Après deux maxis, et trois autres pour le marché japonais,
U.N.K.L.E. se sépare. Il faudra attendre 1998 pour que le phœnix renaisse sous les traits de Lavelle et Josh Davis (DJ Shadow).
Crime in the City est premier album du groupe Kojak sortie en avril 1999
Surnommés les "Beastie Boys de la house",
les trois Parisiens de Kojak ont effectivement réussi à infiltrer le son des rues dans les clubs branchés via ce premier album qui mêle amoureusement scratchs hip-hop, boucles disco et rythmiques
house gorgées de soul. Tout le groove de la musique black explose ici à grands coups d'artillerie "funk filtré" (cf. les bombes de dancefloors "Hold Me", "You Can't Stop It" ou "Keep Me On
Fire"), entre d'autres morceaux plus paisibles (comme le rhythm'n'blues "Soulful" ou le trip-hop douillet de "Bad Movies") à écouter tranquille chez soi. Crime In The City : un album à feu et à
samples. Stéphanie Lopez
Kojak, nouveau groupe house français signé d'abord sur Nekko
puis distribué par Pro-Zak Trax pour l'album CRIME IN THE CITY, vient de produire un excellent disque de musique électronique, et français de surcroit.
Le trio composé de DJ Grégoire (pour les ambiance
techno-house), DJ Vas (amateur de beats hip-hop) et Jayhem (aux influences soul) ont composé un mélange novateur de musique nouvelle. Crime in the city fait référence aussi bien aux BEASTIE BOYS
(samplés sur le morceau d'ouverture), aux DJ house de Detroit (Hold me, Keep me on fire, Cold blood) qu'aux vieilles productions du label Motown lorsque la voix de Jayhem (The truth, Crime in the
city) étonne et prend des timbres ridiculisant les plus importants morceaux de garage music.
Un des sommets de l'album, outre les deux tubes house Hold me
et You can't stop it, est un morceau tirant vers les influences reggae-dub: Stupid Jack. "Big up", donc, comme le dit Jayhem sur ce titre. Souvent comparés aux CASSIUS puisqu'ils sont français,
qu'on s'intéressent à eux un peu partout et qu'ils font de la house, voire du "New funk" comme le duo versaillais aime à le préciser ; pourtant, KOJAK est nettement supérieur dans ses
compositions que ne l'est ce groupe qui (je cite) "colle une boucle de Donna Summer sur un beat de batterie et en fait un tube". En effet, les 18 titres qui composent leur premier album explorent
de nombreuses facettes de musiques contemporaines tout en gardant un esprit funk, comme la plupart des meilleurs productions qui paraissent aujourd'hui.
Crime in the city peut, alors, être vu (voire compris) comme
une compilation des meilleurs styles musicaux qui affluent sur le marché: house, hip-hop, dub, trip-hop. Un panorama de la musique du XX° siècle : l'album de cette fin de millénaire est illustré
par une vieille voiture américaine embourbée dans la neige, la nuit, garée devant une façade d'immeuble que l'on pourrait imaginer être celle d'un ministère. Une vision apocalyptique, et triste,
pour clore une époque ; pourtant leur musique, elle, est bien plus joyeuse que l'emballage qui la renferme, un conseil donc: "ne vous fiez pas aux apparences".